Le Prince Charmant des temps modernes


J’avais évoqué dans un article ces films où on assiste à une « guerriérisation » des personnages féminins. Si on parlait maintenant de son complémentaire – à savoir, « l’homme-objet » ?

C’est quelque chose d’encore assez peu répandu que j’ai particulièrement constaté dans les films de super-héros récemment sortis en salles. Penchons-nous donc sur le cas de Thor, que j’ai trouvé absolument caractéristique.

Les gros films d’action ont toujours été, dans ma tête, l’occasion pour les réalisateurs de nous sortir des héros sans peur et sans reproches accompagnés d’une (de) femme(s) « potiche(s) ». C’est-à-dire : très belle, et toujours (à l’occasion d’une scène ou deux) suffisamment peu vêtue pour laisser au spectateur le loisir de détailler la bête. Je ne dis pas forcément ça sur un ton critique : quelque part, le cinéma, ça vend du rêve et donc de l’objectisation, je n’ai rien contre, mon reproche ce serait plutôt le manque de réciprocité.

Or c’est à l’occasion de ma sortie cinéma d’aujourd’hui qu’exceptionnellement, j’ai eu l’impression de regarder le film comme un gros macho de base. Comprendre : en matant allègrement de l’homme tout nu (ou presque) et de gros effets spéciaux.

Une histoire de look

Dans Thor, les clichés sont inversés. Déjà, trois personnages féminins se démarquent (Jane Foster, Darcy Lewis, Sif), sans compter d’autres personnages secondaires (tels que Frigg). Dans l’univers du blockbuster, c’est presque déjà du surnombre.

Ensuite, on note sur l’ensemble du film qu’aucune femme, même la guerrière en armure clinquante, n’est déshabillée ou suggérée de façon sexy (j’ai à peine vu un avant-bras). Les plans focalisent sur leur visage ou offrent une vue d’ensemble (et rarement seule) de leur corps, ce qui donne aux personnages une façon d’apparaître à l’écran qui est aux antipodes de la potiche.

C’en est même parfois déconcertant : car si je ne me souviens pas bien de ce que Nathalie Portman avait sur le dos durant le film, j’ai dû penser cent fois qu’elle et sa collègue devaient crever de chaud. Non mais sérieusement, couvertes des pieds à la tête avec 4 couches de vêtements, alors qu’il a tout l’air de faire 42 degrés à l’ombre ? (authentique : regarder la BA, la scène où Nathalie court au ralenti façon Rambo, comptez le nombre d’épaisseurs de tissu)

À côté de ça,  notre blondinet barbu de viking se promène tranquillement dans le décor avec ses pantalons ultra-moulants, ses petits t-shirts seconde peau et une chemise jetée négligemment par-dessus qui vole au vent façon cow-boy. Sans oublier l’armure, style écaille-de-poisson, qui même intégralement métallique ne laisse planer aucun doute sur ce qui est planqué en-dessous.

La scène sexy

Et on n’est pas encore entré dans le vif du sujet. Car le best of, c’est évidemment la scène classique de « bikini » revisitée version masculine : celle où la suggestion est définitivement reléguée au placard, je parle évidemment du moment où Thor s’exhibe torse nu avec le subtil petit passage devant le miroir oups-je-remonte-mon-petit-jean-serré-sur-mes-fesses-rebondies (vous avez vu comment il descend bas sous la taille, ce jean, damned ?) et fait au moins deux fois le tour du bureau avec rien d’autre sur les épaules que ses gros muscles glabres. Hum.

C’est pratiquement certain qu’à ce moment précis, 90% de la gent féminine hétéro sur son siège de cinéma va retenir un petit filet de bave. La remarque de Darcy (« Il est plutôt canon ») qui a clairement l’air de retenir sa libido de toutes ses forces donne d’ailleurs le ton exact de ce que cette scène est censée provoquer comme réaction chez la spectatrice lambda.

Fait exprès ? Évidemment.

Le conte de fée

Tout, dans ce film, sort tout droit d’un cliché de conte de fées pour bercer le sommeil des jeunes filles en fleur. Vous en doutez ? Non mais, vous avez vu à quoi ressemble la cité d’Asgard ? Le pont qui miroite de mille couleurs ? Les armures et les palais dorés ? Le fier destrier blanc monté par le preux chevalier ? Et, plus tard, la lecture des vieilles histoires dans un romantique tête-à-tête au coin du feu ?

D’ailleurs, on ne s’est pas encore attardé sur la personnalité de Thor. Au début, certes, il est arrogant, violent, et dégomme un peu tout ce qui bouge. Mais on ne voit cette facette qu’à peine un dixième du film.

Ensuite, c’est la métamorphose complète, et illico presto, en gros nounours de 2 mètres de haut qui va gratifier environ un plan sur deux la caméra d’un large sourire benêt, ne s’énerve jamais, ramène gentiment les potes ivres morts à la maison, fait le baisemain aux dames – si vous doutez encore, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Ah oui, il se sacrifie au nom de l’humanité aussi.

C’est plus qu’un conte de fée déguisé en blockbuster : c’est la réincarnation du prince charmant, version 2011 (je vous avais dit, on lui a même laissé le cheval).

Et ce constat est d’autant plus amusant que si on regarde de près le prochain blockbuster du genre qui guette nos salles, à savoir Captain America : The First Avenger, on y voit… un autre blondinet gentil comme de la guimauve, qui pèse bien ses 120 kg de muscles et nous présente avec un grand sourire son rôle de « potiche ». Une tendance émergerait-elle ?

Comment ça, je ne suis pas objective ?

Bon, on pourrait me dire que je suis de mauvaise foi. D’abord, Thor, c’est un gros viking pur malt, il ne craint pas le froid et pourrait même se promener en slip qu’on n’y verrait rien de sexuel. C’est un film pour les hommes, les vrais, sacrebleu.

À titre personnel, j’ai entendu le même type d’arguments pour les hommes dans le film 300. Je n’y crois toujours pas.

Et le bifrost est effectivement déjà un arc-en-ciel dans la mythologie d’origine. Donc le réalisateur ne l’a pas fait exprès ? Pourtant, au vu de la palette de films de super-héros qui existe actuellement, il semblerait que quand un réalisateur veut faire une adaptation sans paillettes d’un truc cucul, il y arrive très bien. Pourquoi pas ici, alors ?

De toute façon, avouons-le : j’ai pris mon pied à renverser les conventions. Je n’ai donc absolument pas pour objectif de changer d’avis.

Depuis le temps que ceux qui aiment les filles en bikini ont droit à leur lot de Barbie à Hollywood, pas de raisons qu’on n’ait pas le droit d’avoir des Ken. Viva la revolución.


2 Responses to « Le Prince Charmant des temps modernes »

  • 14 mai 2011 à 03h55
    Didine la ouf dit :

    C'est clair que la scène du T-shirt et du pantalon taille basse ne m'a pas échappé !

  • 30 septembre 2012 à 17h05
    Dextarian dit :

    Marrant et intéressant cet article. En plus ce qui est encore plus surprenant, c'est qu'on a deux bons gros sex symbol filles pour les geeks, à savoir Portman et Dennings (surtout cette dernière, moins connue encore en France et qui cartonne avec sa série Two Broke Girls aux US). Et sinon, oui je pense qu'une tendance émerge à Holywood. Et je pense que c'est à cause du Wolverine qui a énormément, parait-il, marché auprès de la gente féminine. Nouveau filon à exploiter, peut-être.


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